Quand on parle de blockchain en entreprise, Ethereum revient souvent dans la conversation. Pas seulement parce que c’est la deuxième crypto en capitalisation, mais parce que son infrastructure sert déjà à des usages concrets : paiements, prêts, échange d’actifs. Pourtant, des concurrents comme Solana avancent vite, avec des transactions plus rapides et moins chères. Alors pourquoi les entreprises continuent-elles à regarder Ethereum ? La réponse tient en trois points : la maturité du réseau, la valeur verrouillée dans ses applications, et l’avance prise sur la tokenisation des actifs réels.
Des performances inégales mais un écosystème plus riche
Ethereum et Solana sont deux blockchains de couche 1, c’est-à-dire des réseaux de base sur lesquels on construit des applications décentralisées (dApps). Toutes deux utilisent un mécanisme de consensus par preuve d’enjeu (Proof-of-Stake, PoS). Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : Ethereum plafonne à environ 30 transactions par seconde, là où Solana en traite près de 4 000. Cette différence s’explique par l’histoire technique d’Ethereum, qui n’a pas totalement abandonné l’héritage du Proof-of-Work lors de sa migration en août 2022. Résultat : le réseau reste plus lent et plus coûteux.
Ethereum : pourquoi les entreprises s’intéressent encore à sa blockchain
Pourtant, si on regarde la valeur totale verrouillée (TVL), Ethereum écrase Solana : 46,2 milliards de dollars contre 4,8 milliards en septembre 2024. La TVL mesure la quantité d’actifs déposés dans les applications décentralisées (prêts, échanges, staking). Elle reflète la confiance des utilisateurs et des développeurs. Ethereum compte aussi près de 500 développeurs actifs chaque semaine sur son noyau, contre 353 pour Solana. Ces indicateurs montrent que, malgré sa lenteur, Ethereum reste le centre économique de la finance décentralisée.
Un tableau récapitulatif permet de visualiser les écarts :
Indicateur
Ethereum
Solana
Moyenne des L1
Capitalisation (en circulation)
294,9 milliards USD
62,3 milliards USD
91,1 milliards USD
Frais quotidiens
2,1 millions USD
612 900 USD
316 100 USD
Revenus quotidiens
1 million USD
306 500 USD
279 200 USD
Volume DEX quotidien
1,8 milliard USD
813,8 millions USD
186,3 millions USD
Transactions quotidiennes
1,1 million
35,8 millions
3,9 millions
Adresses actives quotidiennes
327 800
3,8 millions
692 400
Valeur totale verrouillée (TVL)
46,2 milliards USD
4,8 milliards USD
3,7 milliards USD
Source : Artemis Terminal, septembre 2024.
Ce tableau montre qu’Ethereum domine sur les métriques de valeur et de confiance, tandis que Solana surpasse sur le volume d’usage quotidien. Pour une entreprise, le choix dépend de son besoin : rapidité et faible coût, ou accès à un écosystème financier déjà dense.
Les smart contracts : le vrai moteur de l’adoption
Ce qui a fait le succès d’Ethereum, ce ne sont pas seulement les transactions de crypto-monnaie, mais les smart contracts. Ces programmes s’exécutent automatiquement quand des conditions sont remplies, sans intermédiaire. Ils permettent de créer des applications décentralisées (dApps) dans plusieurs domaines :
Paiements et transferts : envoyer des actifs numériques partout dans le monde, avec un simple smartphone, pour un coût bien inférieur à celui des sociétés de transfert traditionnelles.
Crédit : des plateformes comme Aave, Compound ou Morpho permettent d’emprunter ou de prêter des crypto-actifs, sans dossier ni cote de crédit.
Trading et NFT : Uniswap et OpenSea offrent des échanges d’actifs 24h/24 et 7j/7, sans intermédiaire.
En août 2025, le volume des transactions sur le réseau Ethereum atteignait 320 milliards de dollars, selon The Block. Ce chiffre inclut les échanges, les prêts, les transferts de stablecoins et les NFT. Autant de cas d’usage qui intéressent les entreprises cherchant à automatiser des processus financiers ou à tokeniser des actifs.
La tokenisation des actifs réels : une piste qui séduit Wall Street
L’un des développements les plus prometteurs pour Ethereum, c’est la tokenisation des actifs du monde réel (Real World Assets, RWA). Il s’agit de transformer des actifs financiers (dettes, titres, immobilier) ou des matières premières (or, métaux précieux) en tokens numériques négociables sur la blockchain. Les stablecoins comme USDT ou USDC ont été les premiers à suivre cette tendance, suivis par l’or tokenisé (PAXG de Paxos, XAUT de Tether).
McKinsey estime que les actifs tokenisés pourraient atteindre 1 700 milliards d’euros d’ici 2030. Tom Lee, associé directeur chez Fundstrat Global Advisors, considère qu’Ethereum a une longueur d’avance dans ce domaine, ce qui en ferait « le choix de prédilection de Wall Street ». Des plateformes comme Robinhood permettent déjà d’acheter des actions tokenisées sur la blockchain Ethereum. Pour les entreprises, cela ouvre la porte à une liquidité accrue et à une réduction des coûts d’intermédiation.
« Ethereum est le choix de prédilection de Wall Street pour la tokenisation des actifs. » – Tom Lee, Fundstrat Global Advisors
Ethereum : pourquoi les entreprises s’intéressent encore à sa blockchain
Cette adoption institutionnelle repose sur la fiabilité et la décentralisation d’Ethereum, qui offrent une sécurité juridique et technique que des blockchains plus récentes n’ont pas encore prouvée à grande échelle.
Staking et gouvernance : posséder une part de l’infrastructure
Au-delà des applications, Ethereum propose un modèle où les utilisateurs peuvent détenir une partie de l’infrastructure elle-même. Grâce au staking, chacun peut verrouiller ses ETH pour sécuriser le réseau et gagner des récompenses. Ce mécanisme remplace les mineurs du Proof-of-Work et réduit la consommation énergétique.
Détenir des ETH, c’est aussi participer à la gouvernance du réseau via des propositions de mise à jour. Pour une entreprise, cela signifie ne pas dépendre d’un seul fournisseur ou d’une plateforme centralisée. C’est un argument fort pour celles qui veulent éviter les risques de censure ou de dépendance vis-à-vis d’un tiers.
Le staking offre un rendement variable, généralement compris entre 3 % et 5 % par an, selon l’activité du réseau. C’est un revenu passif qui peut intéresser les trésoreries d’entreprise, à condition d’accepter la volatilité du cours de l’ETH.
Ce qui freine encore Ethereum en entreprise
Malgré ses atouts, Ethereum n’est pas parfait pour toutes les entreprises. Le principal problème reste le coût des transactions (frais de gas), qui peut exploser lors des pics d’activité. Une transaction simple peut coûter quelques dollars, mais un smart contract complexe peut dépasser les 50 dollars. Pour des applications grand public ou des micro-paiements, c’est rédhibitoire.
La lenteur du réseau est aussi un frein. Là où Solana traite 35 millions de transactions par jour, Ethereum plafonne à 1,1 million. Les solutions de couche 2 (comme Arbitrum, Optimism ou Base) tentent de résoudre ce problème en déchargeant une partie des transactions hors de la chaîne principale, mais cela ajoute de la complexité technique.
Enfin, la régulation reste floue dans de nombreux pays. Les entreprises qui tokenisent des actifs réels doivent naviguer entre les lois sur les valeurs mobilières, la fiscalité et la protection des données. Ethereum n’offre pas de cadre juridique intégré : c’est à chaque entreprise de se conformer aux régulations locales.
Pourquoi Ethereum reste un pari solide malgré la concurrence
Les concurrents comme Solana sont plus rapides et moins chers, mais ils n’ont pas encore la maturité d’écosystème d’Ethereum. La TVL, le nombre de développeurs et le volume d’échanges décentralisés sont des indicateurs de confiance que les entreprises regardent de près. Ethereum est aussi le réseau le plus utilisé pour la tokenisation d’actifs réels, un marché qui devrait exploser dans les prochaines années.
Pour une entreprise qui hésite, la question n’est pas de savoir si Ethereum est la blockchain la plus rapide – ce n’est pas le cas – mais si son infrastructure, sa sécurité et sa communauté de développeurs justifient le surcoût. Dans les secteurs de la finance, de l’immobilier tokenisé ou de la supply chain, la réponse est souvent oui. Pour des applications grand public à fort volume, mieux vaut regarder du côté des couches 2 ou d’autres blockchains.
La décision à prendre aujourd’hui : tester Ethereum sur un cas d’usage précis (tokenisation d’un actif, automatisation d’un contrat, staking) avant d’investir à grande échelle. Le réseau est assez mature pour supporter des projets pilotes, et les retours d’expérience sont nombreux. Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est sans doute la blockchain la plus solide pour commencer à construire.